Qu’est-ce que la décroissance nous permet d’espérer, collectivement ?

Je mets ici à disposition une mise en forme de mon intervention du vendredi 1er mars au Foyer rural des Taillades (84). Cette invitation m’a donné la bonne occasion de parler de décroissance, en me faisant sortir du cercle de l’entre-soi des déjà-convaincus par la décroissance. La première partie est une présentation synthétique de ce qu’il faut entendre logiquement par « décroissance ». La seconde est plus originale, puisque j’aborde la décroissance en la mettant sous l’étoile de l’espoir.

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Faudrait-il passer à la « post-croissance » ?

Alors que le mot de « post-croissance » semble parfaitement consensuel, il plaît à la bourgeoisie, il se trouve dans des programmes de partis politiques, faut-il arrêter d’effrayer les beaux esprits avec ce terme volontairement conflictuel de décroissance ? Voilà le débat paru dans le mensuel La Décroissance de janvier 2019, auquel j’ai accepté de participer, en très bonne compagnie : Serge Latouche, François Schneider et Élodie Vieille Blanchard.

Pourquoi l’évidence critique portée par le mot même de « décroissance » n’a-t-elle pas empêché depuis des années d’être brouillée par la prolifération d’autres termes tels que a-croissance, post-croissance ou après-croissance , et très récemment méta-croissance [1] ? Lire la suite

5 thèses décroissantes sur les GJ

Portrait de M. Castaner, réalisé à partir de photos de victimes des actes des forces de l’ordre depuis le 17 novembre 2018. Montage réalisé par Loic De Paujantec, merci à lui.

Il faut reconnaître la dimension déconcertante du mouvement des gilets jaunes (GJ). Sans difficulté chacun peut constater un premier paradoxe : d’une part, il possède un potentiel de refus qui pourrait évoquer l’une des deux dimensions de la définition que Cornelius Castoriadis donnait de la révolution : son émergence et sa spontanéité imprévisibles ; mais d’autre part (et « en même temps »), il faut aussi admettre qu’il ne remplit pas du tout la seconde condition, c’est-à-dire sa dimension imaginaire, en vue d’une auto-institution de la société par elle-même.

A cause de cela, ce mouvement n’est pas un « mouvement social » si on entend par là un mouvement qui revendique, explicitement ou non, une vision « autre » de la société : ce sont des individus en mouvement. Lire la suite

Les tyrans du Moi post-moderne

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Les 3 « despotes » du Moi, dans la seconde topique freudienne

Il faut partir de la seconde topique freudienne, qui permet à Freud de présenter un Moi écartelé entre 3 « despotes », le Ca, le Surmoi et la réalité. « Ah, la vie n’est pas facile », car le Moi doit diplomatiquement trouver son équilibre psychique en essayant de ne jamais (trop) mécontenter aucun des 3 despotes.

Byung-Chul Han (Pyŏng-ch’ŏl Han), La Société de fatigue, Circé (2010, 2014 pour la traduction française). Lire la suite

Notre décroissance n’est pas de droite

A l’occasion de la critique du livre de François-Xavier Bellamy publié sur le site de la MCD (maison commune de la décroissance), il me semble opportun de rappeler le début de l’introduction que j’avais écrite pour l’ouvrage collectif que j’avais dirigé Notre décroissance n’est pas de droite (Golias, 2012).

Des lignes bougent, « indignation », « transition », « désobéissance », « sécession », des cris s’entendent pour tenter de bousculer une démocratie anesthésiée. A la croisée, en ligne de mire ou en filigrane, la « décroissance » doit maintenant prendre toutes ses responsabilités politiques. Bien sûr dans les « utopies concrètes », les alternatives, les eSpérimentations sociales, et cela dans tous les domaines de la « vie bonne » : alimentation, santé, logement, éducation, culture, transport, monnaie… Bien sûr dans la visibilité de la vie politique classique – élections, pétitions, manifestations, convergences – sans jamais se départir d’un bénéfique scepticisme vis à vis du « spectacle » politique comme de la « brigue » du pouvoir. Bien sûr aussi dans le « travail du projet » : car il s’agit de rêver, de se projeter, de viser une cohérence.

C’est dans ce cadre qu’un besoin de clarification est apparu : celui de rappeler que « notre décroissance n’est pas de droite ». Lire la suite

RI et union Européenne, qu’en attendre ?

Malheureusement le colloque a été annulé pour le 8 décembre. Mais pour une fois j’avais écrit mon intervention prévue ; je peux donc la communiquer. Le thème général de cette rencontre était : Que nous est-il  permis d’espérer pour l’instauration d’un revenu de base (RB) quand on l’envisage dans le cadre de l’Union Européenne (UE) ? Lire la suite

L’évidence des Temps modernes

Je poursuis mes réflexions sur les racines individualistes du monde que la décroissance rejette, qui est pourtant celui dans lequel nous vivons.
Le point de départ est une opposition simple, celle entre individu et groupe : si l’in-dividu est « par définition » in-divisible alors c’est le groupe (le commun, le collectif) qui est « divisible ».

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La technique nous entraîne dans l’ère de l’obsolescence du choix

Version légèrement modifiée d’une interview-courriel pour le site Mr Mondialisation. Comprendre pourquoi il ne peut pas y avoir de société sans technique alors même qu’aujourd’hui la technique semble nous déposséder d’une normativité politique seule capable d’un recul critique sur les menaces que la technique fait peser sur la vie sociale, la nature et la démocratie.

Mr Mondialisation : Les (f)Estives de la décroissance qui se tiendront du 20 au 23 juillet prochains auront pour thème la technique et la politique. De quoi parle-ton quand on évoque la  « technique » ? Lire la suite

La technique, c’est magique

Le vendredi 18 mai, les décâblés lançaient leur association en ayant la gentillesse de m’inviter au Périscope pour parler de « technique », d’un point de vue critique, décroissant donc. Je publie ici une mise en forme un peu écrite de mon intervention. Et puisque j’y étais invité en tant que « philosophe », je me suis permis, pour « creuser » la réflexion, d’utiliser quelques concepts et références. Je renvoie d’ores et déjà au Manifeste des décâblés.

Sans vouloir survoler toute la problématique politique posée par la technique moderne, je me suis contenté de faire l’hypothèse que c’est la systémicité de la technique moderne qui peut expliquer la fascination béate qu’elle suscite, en lui donnant ainsi l’apparence d’un lien encore magique avec un monde qu’elle contribue pourtant à saper. Cette année, les (f)estives de la décroissance, en juillet, seront consacrées précisément à discuter ensemble de cette question du sens politique de la technique. A bientôt donc. Lire la suite