Pour habiter la vie sociale, il faut renverser les imaginaires de la croissance

La domination idéologique du monde de la croissance passe par une définition de l’économie comme gestion de la rareté.
Mais alors, si la décroissance ne se définit que comme l’organisation d’une politique en vue de repassser sous les fourches caudines des limites planétaires, on voit bien qu’elle reste prisonnière de cet imaginaire de la rareté.
Par contrecoup, il ne faut pas s’étonner si, en redéfinissant l’économie par l’abondance et non par la rareté, c’est alors la question de la vie sociale qui peut donner lieu à un mouvement de réhabitation, réhabitation qui paraît aujourd’hui comme le terme qui désigne le mieux une réappropriation démocratique de la vie en commun, de la vie « en compagnie ».

La vie militante devrait aussi être une vie sociale

Chez ceux qui voient dans la décroissance une variante radicale de l’écologie, on entend souvent que les valeurs dont on a besoin pour protéger les vivants sont les mêmes que celles qui relient les humains entre eux. De ce point de vue, on pourrait s’attendre à ce qu’à l’intérieur de nos milieux engagés, les valeurs du commun, de la confiance, de l’entraide, de la bienveillance… soient consciencieusement respectées. Mais ce n’est pas toujours le cas. C’est-à-dire ?

Les monnaies locales complémentaires et citoyennes (MLCC) du point de vue des savoirs remontants

J’évoque ici ma participation au Séminaire “Economie de la contribution & monnaies”, organisé par L’Institut de Recherche et d’Innovation (IRI), le mercredi 27 avril.
Proposer une vision originale en considérant qu’au-delà de la technique dont elle offre l’usage, une monnaie est aussi un « milieu » de construction de liens et de savoirs, donc de transformation de pratiques.

La décroissance est-elle anti-progrès ?

Quand on voit à quel point le 20ème siècle a pu être un siècle de barbarie et d’atrocités, appuyées sinon démultipliées ô combien par une puissance technologique qui a acquis un tel potentiel apocalyptique, il est difficile de rester dans une conviction pleine de confiance que les progrès du rationnel et de l’instrumental soient à tout coup un progrès moral et civil.

Ce que le 20ème siècle vient immanquablement d’abolir c’est précisément cette confiance qui reliait toutes les espèces de progrès, le « plus » avec le « mieux ».

Or c’est précisément cette confiance qui constituait la colonne vertébrale du mythe du progrès.

J’ai lu : Où atterrir ? Comment s’orienter en politique, de Bruno Latour

Au premier âge de la décroissance, il faut freiner le train et l’arrêter en gare. Au deuxième âge, le train a dépassé la gare, il faut le stopper et repartir dans l’autre sens. Dans le troisième âge, le train a à ce point dépassé la gare que, le temps de le rattraper et de revenir en arrière, la gare a disparu. Dans le quatrième, nous sommes la zone sur laquelle il y a eu une gare, des rails, un train.

J’ai lu : Le monde quantique et la conscience, d’Henry P. Stapp

Ne faudrait-il pas opposer aux « objets galiléens » des « objets quantiques » ? Nous sortirions à la fois et de la neutralisation de la nature (qui en fait un stock de ressources abondantes et gratuites) et du piège de l’anthropomorphisation antihumaniste de la nature (qui est une contradiction).
La nature reste ainsi un « tout » dont nous faisons partie sans pour autant nous expulser du cadre. Les humains peuvent alors être non pas ceux qui défendent le cadre mais le cadre qui se défend, non pas au nom d’une réalité vivante mais au nom d’une réalité psychophysique.

Les fins de la nature sont impénétrables

Nous n’avons pas besoin d’inventer on ne sait quelle finalité extérieure à la nature (ce qui serait un « dessein intelligent ») pour s’en sentir responsable, nous n’avons pas besoin de prétendre en être les sauveurs ou les protecteurs, nous avons juste à avoir pour objectif de prendre la responsabilité d’en assumer la poursuite.

Nous ne le faisons pas pour la nature, nous le faisons pour notre humanité.