J’ai lu : Ralentir ou périr, l’économie de la décroissance, de Timothée Parrique

Voici enfin un livre qui ne se contente pas d’être une « synthèse », car il accomplit une part du travail (conceptuel) de fondation idéologique dont a absolument besoin la décroissance, si on veut qu’elle sorte enfin de cette image de « nébuleuse » et de « brouillard » qui lui a été accolée quasiment dès son apparition dans le débat public

J’ai lu : Basculements de Jérôme Baschet

Tout la question est de savoir si la stratégie de basculement proposée par J. Baschet peut réellement échapper à l’impasse impolitique de l’argument de la nécessité à laquelle n’échappe pas les deux autres stratégies du renversement et de l’effondrement, soit à cause de leur usage dialectique de la critique fonctionnelle, soit à cause de leur emploi des déterminismes physicalistes.

J’ai lu : Héritage et fermeture, Une écologie du démantèlement

Si l’on repère que la première des difficultés définitionnelle que doit affronter la décroissance est bien son préfixe « dé », alors on ne peut que se réjouir de trouver dans cet ouvrage la plus grande densité de néologismes construits sur ce préfixe : démantèlement, destauration, désintensifier, déprojection, déconnexion, décoloniser, défuturation, désinnovation, déscalarité, dé-organisation, désinvestissement, désincubation, décommissionnement…

J’ai lu : Terre et Liberté, d’Aurélien Berlan

Si la liberté n’est pas délivrance, c’est qu’elle est autonomie. Parce qu’il n’y a pas de liberté comme délivrance (matérielle) sans domination comme pouvoir (politique) de faire faire. Par conséquent, a contrario, si l’on veut se délivrer de la domination, alors il faut se libérer de la conception libérale de la liberté comme délivrance : c’est à cela qu’Aurélien Berlan consacre le concept d’autonomie.

Si des dominants veulent être délivrés des tâches quotidiennes pour se consacrer à celles qui donnent du pouvoir, alors la lutte contre la domination – pour la liberté -, c’est la réhabilitation des tâches quotidiennes, c’est la reprise en charge des moyens de subsistance, c’est le retour à la terre.

J’ai lu : Où atterrir ? Comment s’orienter en politique, de Bruno Latour

Au premier âge de la décroissance, il faut freiner le train et l’arrêter en gare. Au deuxième âge, le train a dépassé la gare, il faut le stopper et repartir dans l’autre sens. Dans le troisième âge, le train a à ce point dépassé la gare que, le temps de le rattraper et de revenir en arrière, la gare a disparu. Dans le quatrième, nous sommes la zone sur laquelle il y a eu une gare, des rails, un train.

J’ai lu : Le monde quantique et la conscience, d’Henry P. Stapp

Ne faudrait-il pas opposer aux « objets galiléens » des « objets quantiques » ? Nous sortirions à la fois et de la neutralisation de la nature (qui en fait un stock de ressources abondantes et gratuites) et du piège de l’anthropomorphisation antihumaniste de la nature (qui est une contradiction).
La nature reste ainsi un « tout » dont nous faisons partie sans pour autant nous expulser du cadre. Les humains peuvent alors être non pas ceux qui défendent le cadre mais le cadre qui se défend, non pas au nom d’une réalité vivante mais au nom d’une réalité psychophysique.

J’ai lu : Petite introduction aux valeurs de la décroissance

Cela fait un bien fou de relier la décroissance à des auteurs comme Épicure, Spinoza, Rousseau, Sartre et même, de façon moins attendue mais quand il s’agit de réfléchir aux valeurs cela se justifie, Nietzsche et Jankélévitch.

N’est-ce pas sur le terrain philosophique des « valeurs » (des évaluations et des normes), que doit commencer l’émancipation (culturelle) des imaginaires colonisés par la croissance ?