Qu’est-ce que la décroissance nous permet d’espérer, collectivement ?

Je mets ici à disposition une mise en forme de mon intervention du vendredi 1er mars au Foyer rural des Taillades (84). Cette invitation m’a donné la bonne occasion de parler de décroissance, en me faisant sortir du cercle de l’entre-soi des déjà-convaincus par la décroissance. La première partie est une présentation synthétique de ce qu’il faut entendre logiquement par « décroissance ». La seconde est plus originale, puisque j’aborde la décroissance en la mettant sous l’étoile de l’espoir.

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Les tyrans du Moi post-moderne

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Les 3 « despotes » du Moi, dans la seconde topique freudienne

Il faut partir de la seconde topique freudienne, qui permet à Freud de présenter un Moi écartelé entre 3 « despotes », le Ca, le Surmoi et la réalité. « Ah, la vie n’est pas facile », car le Moi doit diplomatiquement trouver son équilibre psychique en essayant de ne jamais (trop) mécontenter aucun des 3 despotes.

Byung-Chul Han (Pyŏng-ch’ŏl Han), La Société de fatigue, Circé (2010, 2014 pour la traduction française). Lire la suite

L’évidence des Temps modernes

Je poursuis mes réflexions sur les racines individualistes du monde que la décroissance rejette, qui est pourtant celui dans lequel nous vivons.
Le point de départ est une opposition simple, celle entre individu et groupe : si l’in-dividu est « par définition » in-divisible alors c’est le groupe (le commun, le collectif) qui est « divisible ».

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La décroissance a besoin d’une doctrine socialiste

Pour remercier les amis vendéens de la décroissance qui m’avaient invité le mercredi 27 décembre à intervenir à La courte échelle (Fontenay le Comte) sur le thème « décroissance, société et effondrement », je mets ici par écrit les 4 grands thèmes qui me semblent pouvoir fonder aujourd’hui une décroissance désirable : si les décroissants veulent le plus tôt et le plus brièvement possible décroître, ce n’est pas pour le plaisir de souffrir, c’est au contraire avec l’objectif de « bien vivre », ce qui signifie très exactement « vivre ensemble » et en même temps, du « seul fait de vivre ». Ce n’est qu’en vivant ensemble que les humains peuvent prendre plaisir au seul fait de vivre : voilà ce qui est bien.

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De la capacité individualiste à récupérer la critique contre l’individualisme

J’ai assisté hier à la présentation par l’auteure – Aude Vidal – du court essai Egologie, écologie, individualisme et course au bonheur, aux éditions grenobloise Le monde à l’envers. Le propos est alléchant quand on lit la 4ème de couverture : « Développement personnel, habitats groupés, jardins partagés… : face au désastre capitaliste, l’écologie se présente comme une réponse globale et positive, un changement de rapport au monde appuyé par des gestes au quotidien. Comme dans la fable du colibri, « chacun fait sa part ». Mais en considérant la société comme un agrégat d’individus, et le changement social comme une somme de gestes individuels, cette vision de l’écologie ne succombe-t-elle pas à la logique libérale dominante, signant le triomphe de l’individualisme ? » Lire la suite

Pour changer la société, changeons la façon de débattre

Publié sur ReporTerre → Selon les décroissants, l’économisme recouvre le monde de la politique. Pour résister à ce mouvement de fond, les auteurs de cette tribune, Thierry Brulavoine et moi, expliquent quels principes permettent de s’émanciper de la logique individuelle. Ils seront mis en œuvre lors des échanges des (f)estives de la décroissance, ce week-end.

Le monde de la croissance vient d’installer au pouvoir un digne représentant de ce saint-simonisme qui rêvait de « remplacer le gouvernement des hommes par l’administration des choses » : une mixture de petit socialisme et de grande technophilie, à la sauce de cet arrivisme entrepreneurial dont a besoin le libéralisme. Et c’est ainsi que l’économisme étend systématiquement son emprise sur le politique. Comment résister ? Lire la suite

Oser critiquer l’individualisme généralisé

nyonsJe ne mets ici qu’un extrait de la version écrite de mon intervention à Nyons le vendredi 2 décembre, consacrée à une critique des fables partagées paradoxalement par les adorateurs de la croissance et leur adversaires « alternatifs » déclarés. Le fondement caché de ce paradoxe me semble résider dans un « individualisme philosophique » (pas question de faire de la psychologie). Des discussions m’ont malheureusement rappelé à quel point le travail d’auto-critique est encore souvent mal compris par ceux qui affichent pourtant leur critique du monde actuel, sans que je puisse vraiment me réconforter en me racontant qu’il est toujours bon de déranger les certitudes  bourgeoises.

Au fond des principales fables du productivisme (dont la croissance est le déchet) que sont la fable du troc (pour justifier la marchandisation de la monnaie), la fable de la faiblesse naturelle de l’homme (face à une nature présupposée hostile, l’homme doit s’organiser et s’approprier la nature), la fable du travail comme principe de reconnaissance sociale (ce qui justifie la marchandisation de l’activité), se trouve la croyance que l’existence des individus précèderait celle de la société, qui résulterait alors de leur volonté de « faire société ». Lire la suite

Le mépris et la haine des milieux populaires – 28 février 15

Intervention de Michel Lepesant, philosophe, membre du mouvement des objecteurs de croissance, sur le mépris et la haine des milieux populaires par les puissants. La Ville de Fontaine (38) et Paul ARIES (Les z’indigné(e)s !) ont organisé le quatrième Forum de la Désobéissance Citoyenne le 28 février 2015 sur le thème : A quoi rêvent les milieux populaires ? Tables rondes, conférences, échanges, témoignages montrent la vivacité de la culture à contre-courant de l’attitude méprisante des média dominants.

https://www.youtube.com/watch?v=gWfW61fCvHM

5 thèses sur la décroissance

Article publié dans le n°14 des Nouveaux cahiers du socialisme, revue canadienne, automne 2015. Lire l’introduction de ce numéro.

NCS14_couverturePourquoi s’acharner à enfoncer une société de croissance dans un monde dont les « ressources » matérielles ne peuvent qu’être limitées ? Dès son plus jeune âge pourtant, l’enfant qui joue avec un « trieur de formes » comprend que, même en force, jamais un objet de section triangulaire ne franchira une découpe rectangulaire. Voilà l’évidence qui définit aujourd’hui l’objecteur de croissance : la société de croissance ressemble à une course absurde, course d’autant plus tragique qu’il y manque une ligne d’arrivée.

Mais il y a une autre évidence qui transforme l’objecteur de croissance en un « décroissant » : les plafonds de la soutenabilité écologique sont dépassés.
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