De l’utilité des associations locales de défense de l’environnement

Merci à l’association Terres & Rivières d’abord pour son activisme et ensuite d’avoir accepté de publier cet édito pour leur lettre n°24, dans laquelle chacun trouvera des dossiers très précis et très pédagogiques (comme d’habitude) sur « désherber sans glyphosate », les particules fines, la 5G. Bonnes lectures.

Quelle est l’utilité d’une association locale de défense de l’environnement quand le rouleau compresseur global de la croissance économique (et de son monde) écrase sans relâche toutes les conditions futures d’une vie écologiquement soutenable (dérèglement climatique, pertes de la biodiversité, déforestation, acidification des océans…) ?

La question est d’ailleurs beaucoup plus générale : à quoi bon lutter, s’opposer, résister, s’informer, déposer des recours, analyser les causes du désastre, construire des propositions quand les flots de l’information et de la désinformation réduisent inéluctablement la portée et la date de péremption de la moindre démarche ?

Le « vieux » Kant, philosophe des Lumières, ce siècle où l’on a tant cru au Progrès, se demandait : « Que nous est-il permis d’espérer ? ». Et bien, à condition de ne pas se tromper d’espoir, il est possible de ne pas désespérer de l’action citoyenne. A condition de ne pas confondre entre avoir des chances d’y arriver et désirer y arriver ; celui-là est un espoir illusoire (source de déception), celui-ci est un espoir actif (source d’engagement).

Deux livres ont façonné mon enfance de lecteur : Les Misérables de Victor Hugo (1862) et La Guerre du feu de J.-H. Rosny aîné (1909).

Voici ce qu’écrit V. Hugo dans sa préface : « Tant que, dans certaines régions, l’asphyxie sociale sera possible ; en d’autres termes, et à un point de vue plus étendu encore, tant qu’il y aura ignorance et misère, des livres de la nature de celui-ci ne seront pas inutiles ».

Dans la Guerre du feu, j’étais fasciné par l’attention que les membres de la tribu des Oulhamrs accordaient au feu, pour le protéger, pour le conserver, pour l’entretenir avant que Naoh, fils du Léopard, ne revienne non seulement avec le feu mais surtout avec la maîtrise de sa production par la frappe d’un silex en présence d’amadou. Avant ce « choix du feu », l’important n’était pas d’allumer le feu mais juste d’empêcher qu’il ne s’éteigne.

Tant que la déréglementation « progressera », que l’application de la loi reculera, que les lobbies des Chambres d’agriculture et de la FNSEA inspireront des arrêtés permissifs, que les préfets octroieront des dérogations pour permettre l’agriculture intensive, que les entreprises externaliseront leurs pollutions alors les associations locales de défense de l’environnement ne seront pas inutiles non pas dans l’espoir de gagner mais juste afin d’éviter que leurs modestes lumières de la vigilance ne s’éteignent.

Et on peut rêver : Tant que la Constitution ne permettra pas une Question préalable de soutenabilité écologique (une QPSE) alors il faudra protéger, conserver, entretenir le feu de la vigilance critique.