Articuler les alternatives

Qu’est-ce qui fait qu’une alternative est « concrète » ? « Abstraire », c’est extraire, c’est « séparer de « . Une alternative concrète est donc une alternative liée, engagée, confluente, « articulée ».

(Dès qu’une alternative est déliée, dégagée, refluente ou divergente, et désarticulée : elle est « abstraite »).

1. La critique du capitalisme.

1.1 Cette critique est orpheline du marxisme. Critique de la crise, crise de la critique. Orphelin : mort du parent, vie de l’enfant. Savoir reconnaître sa dette.

1.2 En héritage, 3 problèmes clés de la sortie du capitalisme : le sujet de la sortie (la classe ouvrière), le rythme de la sortie (la révolution dans la transition dictatoriale), la méthode de la sortie (par le haut d’une avant-garde éclairée).

1.3 Les solutions marxistes doivent être « dépassées » (Aufhebung oblique).

1.3.1. Qui ?
1.3.1.1. Convergence d’un « bloc social altermondialiste », plutôt constitué par des « membres par conscience » (que par des « membres bénéficaires ») et des « perdants » de la mondialisation néolibérale.
1.3.1.2. La plus grande partie des humains aspirant de fait à participer au capitalisme désirable.

1.3.2. Quand ?
1.3.2.1. Affirmation de la non-violence, principe intangible.
1.3.2.2. L’utopie commence aujourd’hui.

1.3.3. Comment ?
1.3.3.1. Hésitation entre la verticalité basiste des libertaires (« pyramide des conseils » ?) ou l’horizontalité de nouvelles formes d’organisation/inorganisation (réseau, consensus, open organization…)
1.3.3.2. Hésitation entre une radicalité démocratique (trop souvent renvoyée à une Athènes mythistorique) et un refus atomique de la démocratie (trop souvent identifiée cette fois à sa variante bourgeoise moderne).

2. La sortie du capitalisme.

2.1. Il y a 35 ans, pour faire finalement 0,36% des voix, le candidat Krivine proposait l’image des « 2 jambes » : celle des urnes et celle du front des luttes. Aujourd’hui, « la gauche » cherche le « pouvoir » par les urnes et fait du front des luttes un spectacle (réduit à la comptabilité du « combien étions-nous dans la rue ? ») ; symétriquement, « l’extrême-gauche » feint de faire croire qu’un « pouvoir » peut encore se prendre dans la rue et fait des urnes un spectacle (réduit, quoi qu’ils en disent, à un casting régulièrement pseudo-dénoncé par leur candidat spectaculaire).

Conscients de la tentation spectaculaire des « urnes et des armes », la sortie du capitalisme ne doit pas pour autant déserter ces « manifestations publiques » (sous peine de donner vraiment raison à ceux qui ne voient dans la « relocalisation » qu’une variante rusée de l’individualisme généralisé).

2.2. Comment échapper alors à la « récupération » ?

2.2.1. En ne faisant de ces « manifestations » que l’un des 3 pieds de l’action politique.

2.2.2. Le second pied : les alternatives concrètes.

2.2.2.1. Les alternatives concrètes sont créatrices de liens. Le « lyannaj » qui engage l’émancipation humaine, individuelle à se poursuivre dans l’émancipation sociale, associative, conviviale.

2.2.2.2. Les alternatives concrètes sont créatrices de sens : redonner sens à la dignité et à la décence. « Valeurs » irréductibles à la justice et à la responsabilité ; valeurs qui permettent aussi bien de dépasser un simple « écosocialisme » (celui qui se contente d’additionner le rouge de la tradition socialiste au vert de la tradition écologiste) que de ne pas réduire la « décroissance » à une simple « supplique au capital ». Car la question n’est pas t’attendre les conditions de la décroissance que de la pratiquer sans délai. « Quand bien même » la nature serait infinie et les ressources économiques illimitées, objection serait adressée à la croissance par essence insensée. Préférer le pouvoir-vivre au pouvoir d’achat, inclure le « poétique » dans les « produits de haute nécessité ».

2.2.2.3. Les alternatives concrètes sont créatrices de réflexion : elles provoquent ces « réflexions » pour trancher entre ce qui est « bon usage » et « mésusage »… Discussions qui ouvrent une « théorie de la pratique » ; qui ne tombent pas dans le piège de « la rupture pour la rupture » (on a déjà le capitalisme pour cela) ; qui par beaucoup d’aspect défendent un certain « conservatisme », un sens de la mémoire sociale, collective, celle des luttes par exemple…

2.2.3. Le troisième pied : la cohérence idéologique (le « travail des idées » ; travailler une idée et la traiter comme un « matériau »).
2.2.3.1. C’est là qu’une liste roborative de questions qui fâchent ne doit pas être perdue de vue. Et les questions y sont nombreuses : démocratie, individu, collectif, travail, autogestion, mondialisation, échanges, non-violence, sens de l’histoire, catastrophe…

3. Articuler les alternatives.

3.1. La sortie du capitalisme ne passe donc plus par sa « destruction » mais par sa « déconstruction ». En faire jaillir les impensés pour une critique « radicale » (cohérente sans intransigeance). Pas de « déconstruction » sans « différance ».

3.2. Nul ne doit se sentir contraint d’avancer sur ces trois pieds. A chacun suivant ses désirs. Juste cesser de croire être le seul à frayer le bon chemin.

3.3. Même si, en réalité, chacun de ces chemins peut dégager une « confluence ».

3.3.1. Chaque front de lutte peut être une occasion de pratiquer ces alternatives. (« reprise d’entreprises par les salariés en cas de liquidation, recours systématique à la gratuité dans des conflits… »).
3.3.2. La solidarité avec les perdants d’une compétition dans la quelle ils sont engagés de force ne doit pas nous empêcher de poser la bonne question : « quand verra-t-on les travailleurs de chez Renault s’inquiéter des ventes croissantes de leurs produits ? »
3.3.3. Les « réflexions » nées d’une « théorie de la pratique » ne doivent pas conduire à mépriser les tentatives de poser un « nouveau paradigme », de viser une nouvelle « hégémonie ». Cesser de renforcer la haine que le capitalisme a pour l’audace et la liberté de penser par soi-même.

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