Des nébuleuses, viennent des étoiles

Cela va faire une vingtaine d’années que le terme de « décroissance » est vraiment diffusé dans le débat public français.

  • En 2002, neuf ans après un premier dossier, la revue mensuelle S!lence édite son deuxième dossier sur la décroissance, qui lance vraiment le débat.
  • Depuis mars 2004, l’association Casseurs de Pub publie un mensuel, La Décroissance.
  • De 2007 à 2015, la revue Entropia a publié 16 numéros.
  • En 2009, à l’occasion des élections européennes, première apparition de la décroissance dans le champ électoral. Depuis 2009, des apparitions sporadiques suivant les territoires et les types d’élections.
  • C’est fin 2017 qu’est créée La maison commune de la décroissance (la MCD) dans le but explicite de constituer un corpus idéologique à mettre à disposition de tous les décroissants.
  • Et depuis le 1er avril 2022, existe l’Observatoire de la post-croissance et de la décroissance (OPCD), dans le but de « produire et diffuser des connaissances relatives à la décroissance ».

Et alors ? Que pouvons-nous souhaiter pour la suite ?

  • Reconnaître que si la décroissance reste, dans le pré carré académique, l’exclusivité de quelques figures tutélaires et autres mandarin.e.s…
  • … alors il ne faudra pas s’étonner si la décroissance reste caricaturée comme, au mieux, une « mouvance » ; et au pire, une « nébuleuse ».
  • Parce que, dans ce cas, chacun continuera de se bricoler une définition de la décroissance suivant son opinion. Cela peut sembler formidablement ouvert alors qu’en réalité, c’est terriblement fragmenté et atomisé.

Mais, ne sont-ce pas les nébuleuses qui donnent naissance aux étoiles et même quelques fois, aussi à des systèmes planétaires ? N’est-ce pas alors ce qu’il faut souhaiter pour la décroissance : qu’elle sorte de son existence à « l’état gazeux » ?

Une première étape peut permettre de l’espérer : il existe enfin une définition partagée (par beaucoup, et peut-être par la plupart) de la décroissance → « Une réduction de la production et de la consommation, planifiée démocratiquement pour retrouver une empreinte écologique soutenable, pour réduire les inégalités, pour améliorer la qualité de vie. »

Est ainsi actée une définition de la décroissance comme « décrue » (pour repasser sous les plafonds des limites planétaires) et non plus simplement la décroissance comme « arrêt » ou comme « halte », ce qui désignait au mieux l’objection de croissance.

La MCD vient de sortir un livre – La décroissance et ses déclinaisons – qui va un cran (conceptuel) plus loin : la décroissance n’est pas qu’un indicateur qui sert de boussole à une économie dont il faut planifier la décrue, c’est aussi un monde (qui coache des modes de vie) et surtout une idéologie (avec des récits, des mentalités…).

C’est cette extension du domaine de la croissance qu’il faut radicalement critiquer, négativement en dénonçant des clichés et des malentendus, positivement, en proposant des axes concrets de décroissance que la MCD appelle des « déclinaisons« .

Des conditions pour passer à une décroissance à l’état solide sont donc réunies :

  • Nous attendons la sortie à la rentrée de septembre du livre de Timothée Parrique sur l’Économie de la décroissance.
  • D’autres livres vont ensuite paraître sur les Limites sociales de la croissance, sur une mise au point conceptuelle forte de la décroissance par rapport à l’anticapitalisme, l’écologie, le socialisme…
  • Surtout, il ne faut pas compter que sur les écrits mais aussi sur des rencontres les plus prospères possibles entre « partisans » de la décroissance et « acteurs » de ses déclinaisons, portées par la plus belle des convergences, celle des idéaux.

Car c’est d’une base idéologique commune forte dont a besoin la décroissance si on désire vraiment que soit enfin posé le débat politique opposant la croissance et son monde à la décroissance et au projet de société et de vie qui la porte.

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