Je ne suis pas venu à la décroissance pour des raisons psychologiques (je ne suis pas éco-angoissé) ou écologiques (ce n’est pas tant la planète qui est limitée que nos désirs qui ne le sont pas) mais pour des raisons politiques : je n’imagine pas la vie humaine sensée comme une robinsonnade.
1. Voilà que le livre que j’avais écrit en 2012 vient de connaître une traduction espagnole : l’occasion d’écrire une nouvelle préface pour faire un bilan politique → comment je suis passé des « 3 pieds » (alternatives, visibilité, travail du projet) à la focalisation de mes réflexions sur le pied bancal, celui de la théorie, des définitions, des concepts, des distinctions…
2. La semaine dernière, j’étais pour la troisième année de suite à « Décroissance, le Festival » où j’ai eu l’occasion de présenter pour la première fois en public mon idée d’une analogie entre la politique et la permaculture, ce que j’appelle la « permapolitique« . Concrètement, je reprends d’abord l’idée d’un « zonage » ; et je place la « décroissance radicale » dans la zone 5, celle qui échappe à l’injonction permanente à agir sans tarder, et qui est la zone dans laquelle peuvent cohabiter des « lieux de vigilance » radicalement idéologiques.
3. Dans 2 semaines, ce seront les (f)estives de la décroissance qui seront cette année particulièrement politiques :
- 2 jours consacrés à réfléchir à la croissance comme « régime politique » : en présence d’Onofrio Romano.
- 3 jours ensuite pour essayer de définir une position décroissante sur la question de la propriété, question que nous aborderons sous des angles anticapitalistes, anti-autoritaires, foncièrement égalitaristes et partageux.
Pour le moment, nous ne sommes pas assez d’inscrits pour équilibrer financièrement cette rencontre. Alors si vous n’avez pas encore décidé de venir, vous pouvez changer d’avis, et venir avec des ami.e.s. sinon, un peu de tam-tam nous ferait le plus grand bien.
Pour des infos pratiques sur les (f)estives (pour s’inscrire, en particulier) : https://ladecroissance.xyz/2024/10/28/festives-2025-annonce/


Bonjour Michel
Nous devons décroître. Cela ne se discute pas.
En revanche décroître c’est baisser l’activité économique. Baisser l’activité économique, c’est baisser les rentrées fiscales de l’Etat. Un Etat avec beaucoup moins (il faudra baisser l’activité économique de plus de 50 %) de ressources, c’est un appauvrissement général.
Un appauvrissement général c’est le ferment d’une violence civile sans précédent, voir d’un chaos total.
Aucun des penseurs de la décroissance ne donne une solution pour mitiger cette violence extrême qui va naître de cette descente de l’activité économique.
Si nous ne trouvons pas un chemin moins chahuté (il le sera de toutes les façons), ce sera la guerre civile !
Cher Alfred,
Je suis d’accord, à un bémol près : nous devrions décroître. Mieux, nous devrions faire le choix de décroître. En 1970, il fallait arrêter de croître mais aujourd’hui, les plafonds de soutenabilité écologique (climat, biodiversité, eau potable…) étant dépassés, et peut-être de façon irréversible, il faudrait faire le choix politique de décroître.
Je suis d’accord, décroître signifiera bien une baisse de l’activité économique.
Pour autant, la baisse des rentrées fiscales n’est pas incompatible avec une qualité des services publics : j’attends sur ce sujet un article qui sera proposé par Timothée Parrique sur cette question (à paraître dans la revue Mondes en décroissance).
J’ajoute que si appauvrissement il y a, il ne m’ennuie pas s’il permet de réduire les inégalités ; autrement dit, à condition que cet appauvrissement ne touche pas les plus défavorisés. Sur le rapport entre réduction des inégalités et croissance du bonheur, voir les travaux de Richard Wilkinson et Kate Pickett.
Reste, et tu as raison (je me permets de te tutoyer, vue notre si ancienne fréquentation étudiante), la question de la violence que la baisse du niveau de vie pourra provoquer. Là-dessus, il y a de nombreuses pistes pour assumer ce problème de violence, non pas en le niant, mais en cherchant à canaliser la violence, c’est-à-dire à penser des institutions par laquelle cette violence pourrait trouver à se défouler ; et ces institutions pourraient autant concerner le domaine de l’économie (voir par exemple, cette question chez Bernard Friot, qui n’est pas décroissant mais avec qui on peut partager l’idée que toute richesse marchande résulte d’une activité socialisée et non pas de certains individus qui mériteraient d’en profiter aux dépens de la communauté) que celui de la vie sociale ← chez quelqu’un comme George Bataille, il y a l’idée que la violence d’une société dépend de sa capacité à dépenser ses surplus. Aujourd’hui ces surplus sont privatisés (et cela crée la violence sociale de l’injustice, qui est d’ores et déjà un chemin très « chahuté, pas besoin d’attendre la décroissance pour subir du « chahut ») mais rien n’interdit de penser une société dont certaines institutions seraient chargés de dépenser collectivement ces surplus.
Tu me diras : comment peut-il y avoir des surplus si l’activité économique décroît ? Parce que jamais, dans toute l’histoire de l’humanité, il n’a existé de production pour satisfaire des besoins sans qu’il y ait des surplus (voir les travaux de Marshall Sahlins.
En période de croissance, peut-être que cette question des surplus peut être minimisée (à cause de la fable du ruissellement – Trickle down theory). Mais en cas de décroissance, cette question deviendra centrale.
Je finis en rappelant que l’hégémonie que la croissance exerce sur nos vie n’est pas qu’économique mais qu’elle est aussi socioculturelle (elle colonise nos imaginaires) et aussi politique (elle exerce son emprise par des politiques de dépolitisation).
Amitiés à toi