Notre décroissance n’est pas de droite

A l’occasion de la critique du livre de François-Xavier Bellamy publié sur le site de la MCD (maison commune de la décroissance), il me semble opportun de rappeler le début de l’introduction que j’avais écrite pour l’ouvrage collectif que j’avais dirigé Notre décroissance n’est pas de droite (Golias, 2012).

Des lignes bougent, « indignation », « transition », « désobéissance », « sécession », des cris s’entendent pour tenter de bousculer une démocratie anesthésiée. A la croisée, en ligne de mire ou en filigrane, la « décroissance » doit maintenant prendre toutes ses responsabilités politiques. Bien sûr dans les « utopies concrètes », les alternatives, les eSpérimentations sociales, et cela dans tous les domaines de la « vie bonne » : alimentation, santé, logement, éducation, culture, transport, monnaie… Bien sûr dans la visibilité de la vie politique classique – élections, pétitions, manifestations, convergences – sans jamais se départir d’un bénéfique scepticisme vis à vis du « spectacle » politique comme de la « brigue » du pouvoir. Bien sûr aussi dans le « travail du projet » : car il s’agit de rêver, de se projeter, de viser une cohérence.

C’est dans ce cadre qu’un besoin de clarification est apparu : celui de rappeler que « notre décroissance n’est pas de droite ». Lire la suite

Prendre les difficultés avec (la) Mesure, I

Je publie ici ma contribution inédite à la 3ème édition du livre de Philippe Derudder, Monnaies locales complémentaires & citoyennes. C’est à la fois, pour moi, un bilan de l’expérience de la Mesure, mais aussi du réseau des MLCC, mais aussi des alternatives concrètes. J’avais présenté l’an dernier ce texte lors d’une conférence à Paris, à l’issue de laquelle j’ai déjà publié quelques réponses à une série de questions : Mesurer les difficultés, et ensuite, II.

Dans la nature, les êtres vivants naissent, s’épanouissent et finissent par mourir tout en fournissant par la même occasion les matériaux pour contribuer à la naissance des futurs vivants. Il ne s’agit pas en faisant cette remarque de prétendre qu’une organisation sociale doit prendre pour modèle une telle histoire organique mais il s’agit quand même de rappeler que tous nos projets humains s’inscrivent toujours à l’intérieur d’un cadre naturel englobant. Il s’agit surtout – et n’est-ce pas là le propre de l’humain – de ne pas se contenter d’enregistrer un tel flux des générations mais d’oser prendre humainement le recul nécessaire pour que la volonté puisse accompagner les nécessités naturelles.

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Politique(s) de la décroissance

Politique(s) de la décroissance

politiquesCet essai est paru mi-juin 2013 ; je tiens à remercier les éditions Utopia. En cliquant sur ce lien, vous pouvez en lire les premières pages.

LE MOUVEMENT DE LA DÉCROISSANCE se doit d’entrer dans une nouvelle phase. Il ne suffit plus de dénoncer l’impasse de la croissance, d’annoncer la catastrophe qui vient, de prophétiser tel ou tel effondrement.

Entre le rejet du monde d’hier et le projet de celui de demain, c’est d’un trajet dont nous avons besoin, pour ici et maintenant. Mais est-ce suffisant de définir la décroissance comme un trajet ? Lire la suite

L’Antiproductivisme, un défi pour la gauche ?

En librairie à partir du 10 mai 2013.

La gauche des luttes ne peut-elle se définir que négativement ? Elle est antilibérale, anticapitaliste, souvent antinucléaire, anti-ogm, anti-gaz de schiste… Au mieux quand elle se fatigue des luttes « contre », quand elle essaie de proposer des « pour » et des « avec », la gauche semble ne pouvoir se définir qu’en référence au monde qu’elle critique, mais de façon « alter » : altermondialisme, alter-développement ; ou « slow » : slow food, slow city, slow money…

Pourquoi devrait-elle maintenant se prétendre antiproductiviste ? Est-ce seulement possible ?

Car le productivisme a appartenu au logiciel commun de la gauche et du monde que la gauche prétendait critiquer. Le capitalisme comme le socialisme ayant réellement existé, dans ses versions soviétiques ou social-démocrates, ont été et sont productivistes. Lire la suite

Quel sens de l’histoire pour les décroissants ?

Est-il permis d’espérer que nos initiatives et nos engagements individuels et collectifs aient un sens (une direction et une signification) si l’on refuse à la fois les thèses marxistes sur l’histoire et leurs critiques ? Quelle « sensibilité à l’historique » pour les alternatives concrètes et les eSpérimentations minoritaires ?

De l’utilité et de l’inconvénient de l’histoire pour la vie politique

Quand meurt de fatigue le temps linéaire des prophètes, peut advenir le temps des expérimentations. Le temps historique n’est alors ni un présent aux dépens du passé ni un présent au dépens du futur mais un présent qui a la force de conserver le passé et d’anticiper l’avenir.

1- Traditionnellement, la maturité politique d’un idéal se jauge à sa capacité à sauvegarder quelque peu de conviction quand vient le temps des responsabilités naïvement réduites aux confrontations électorales en vue d’acquérir le pouvoir de changer le monde. L’une des originalités politiques de la décroissance est d’éviter de tomber dans ce piège grossier en débutant sans attendre d’autres mondes possibles ; par les alternatives concrètes et les expérimentations sociales minoritaires dans tous les champs du bien-vivre-ensemble : l’habitat, l’alimentation, la santé, l’éducation, les transports, la production, la monnaie, la culture… Lire la suite

Notre décroissance n’est pas de droite

Notre décroissance n’est pas de droite

Ouvrage collectif que j’ai eu le plaisir de coordonner, paru en septembre 2012 chez Golias

Des lignes bougent, « indignation », « transition », « désobéissance », « sécession », des cris s’entendent pour tenter de bousculer une démocratie anesthésiée. A la croisée, en ligne de mire ou en filigrane, la « décroissance » doit maintenant prendre toutes ses responsabilités politiques. Bien sûr dans les « utopies concrètes », les alternatives, les expérimentations sociales, et cela dans tous les domaines de la « vie bonne » : alimentation, santé, logement, éducation, culture. Lire la suite

Décroissant, plutôt qu’objecteur de croissance

Décroissant, plutôt qu’objecteur de croissance

« Décroissant » et « objecteur de croissance » ont-ils la même signification, est-ce que ce sont des termes interchangeables ? Je ne le crois pas.

Groupuscules que nous sommes, nous ne nous sommes peut-être même pas mis d’accord sur le nom propre qui nous serait commun. Pire qu’un simple oubli ou une négligence (trop pris que nous serions dans le Faire de nos expérimentations sociales et écologiques, nous en aurions oublié de régler cette question du Dire et de l’Apparaître), cette appellation est source de discussions, de disputes, de refus catégoriques.

Mais « les mots sont importants », surtout quand il va s’agir de s’appeler les uns les autres (… comment je m’appelle, c’est d’abord comment les autres m’appellent, comment ils vont faire appel à moi.). Alors est-il possible en répondant à quelques critiques de savoir si nous sommes pour l’objection de croissance (OC), pour la décroissance, pour la désaccoutumance à la croissance, ou pour une autre croissance ? Lire la suite

La Mesure, une « eSpérimentation » sociale

[Paru au sein du livre de Philippe Derudder, Les Monnaies locales complémentaires : pourquoi, comment ?]

Nous avons eu de la chance. En effet, la Mesure résulte d’une rencontre entre un projet et un « voyageur des monnaies locales ». Le projet, c’est celui d’un petit groupe qui en 2008 veut organiser à Romans sur Isère (26-Drôme) un Forum social. Lors de la première réunion préparatoire, la plupart d’entre nous viennent de voir la vidéo sur l’argent-dette de Paul Grignon qui circule sur le web ((http://monnaie-locale-romans.org/?p=47.)). Et il nous semble évident qu’un forum social ne peut pas esquiver cette question. Mais ce sujet de l’argent et des échanges économiques nous semblent trop « technique » pour réaliser ce dont nous avons l’ambition : proposer un espace pour relier horizontalement les divers dispositifs (associations et partis politiques) d’alternatives sur le bassin de vie Romans/Bourg de Péage. C’est pourquoi le Forum Citoyen Romanais qui se tiendra en octobre 2009 ((http://monnaie-locale-romans.org/fcr-2009/.)) aura un thème très large : « Changer les échanges » Lire la suite

La décroissance en tant que socialisme

[Ce texte est une version modifiée d’une contribution pour l’ouvrage collectif coordonné par Paul Ariès, Décroissance ou récession, paru en janvier 2012 aux éditions Parangon]

1. Quelle décroissance pour le socialisme ? C’est vers 1970, quand l’empreinte écologique tenait encore sur une seule planète, qu’il aurait peut-être été judicieux de refuser le terme de « décroissance ». Mais aujourd’hui les seuils sont largement dépassés et la question à poser est bien celle de la transition vers un monde dans laquelle il redeviendra possible de seulement objecter à la croissance. Si les « décroissants » veulent un retour vers le futur, c’est celui-là : cesser de déjà surconsommer le monde des générations futures, construire sans attendre une société afin qu’il redevienne un jour sensé d’objecter à la croissance

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