5 thèses décroissantes sur les GJ

Portrait de M. Castaner, réalisé à partir de photos de victimes des actes des forces de l’ordre depuis le 17 novembre 2018. Montage réalisé par Loic De Paujantec, merci à lui.

Il faut reconnaître la dimension déconcertante du mouvement des gilets jaunes (GJ). Sans difficulté chacun peut constater un premier paradoxe : d’une part, il possède un potentiel de refus qui pourrait évoquer l’une des deux dimensions de la définition que Cornelius Castoriadis donnait de la révolution : son émergence et sa spontanéité imprévisibles ; mais d’autre part (et « en même temps »), il faut aussi admettre qu’il ne remplit pas du tout la seconde condition, c’est-à-dire sa dimension imaginaire, en vue d’une auto-institution de la société par elle-même.

A cause de cela, ce mouvement n’est pas un « mouvement social » si on entend par là un mouvement qui revendique, explicitement ou non, une vision « autre » de la société : ce sont des individus en mouvement. Lire la suite

La décroissance est le nom d’une philosophie politique

affiche_lepesantVoici ce que j’avais préparé pour le café-débat organisé par les amis de Décroissance44, à Nantes, le 21 décembre. Mon intervention y a plutôt été fidèle. De la discussion qui a suivi, je retiendrais évidemment le point délicat de la critique que je porte quant à la véritable portée des alternatives concrètes : comment passer le (premier) cercle de l’entre-soi sans revenir aux solutions toutes faites de la ressemblance avec le monde dont on affirme vouloir sortir ? Mais le moment le plus fécond me semble avoir été celui où la question du bonheur, comme question politique, est devenue centrale. C’est bien là, me semble-t-il toute l’audace de la décroissance : si nous défendons des valeurs telles la sobriété, le partage, la convivialité, c’est bien parce qu’une satisfaction durable (solide parce que solidaire) est notre horizon.

Lire la suite

Réflexions sur la Transition

La revue Silence et les éditions Ecosociété qui ont déjà édité le Manuel de transition, vont publier cet automne un petit livre  « Un écologisme apolitique ? Débat autour de la Transition »,  traduit de l’anglais et qui pose des questions sur la pratique dans les groupes de transition. C’est suivi d’une réponse de Rob Hopkins. A cette occasion, Silence voudrait publier en même temps un dossier sur la situation en France. C’est pourquoi, nous vous demandons de répondre aux 3 questions suivantes. Vos réponses ne seront pas reprises dans leur entièreté, mais seront regroupées selon les avis dans deux ou trois gros articles.

Lire la suite

Réclamons mieux que 1700 euros

Article co-écrit avec Baptiste Mylondo et publié dans le numéro 4 des Z’IndignéEs de novembre 2012

Au nom de leurs « valeurs », les décroissants peuvent-ils oser dire qu’ils sont opposés à l’augmentation du montant du SMIC à 1700 euros ? Peuvent-ils oser dire que la seule « revalorisation » qu’ils envisagent ne passerait pas par une hausse du montant du SMIC ? Malheureusement nous ne manquons pas d’arguments pour « désespérer Aulnay-sous-Bois », et nous aurions toutes les raisons de ne pas adhérer au mot d’ordre qui semble unir la gauche de la gauche. Dressons-en une liste rapide. Lire la suite

Stop ou encore ?

Tribune proposée au Journal Le Monde ; non publiée

La polémique fait-elle vraiment rage ? « Protégés » par un bouclier fiscal, les riches sont-ils aujourd’hui les nouveaux persécutés, harcelés par des prélèvements confiscatoires ?

Comment arriver à le croire quand, dans une même semaine, les news ne font au contraire que confirmer et entériner la légitimation des inégalités les plus iniques ? Lire la suite

Pourquoi suis-je décroissant ?

[Des bouts de mails qui répondent explicitement à la question]

Les décroissants veulent-ils changer le monde ?

  1. Etre décroissant : la croissance n’est pas une solution mais un problème.
  2. Et pourtant nous voyons les choses du « point de vue des dominés » = nous sommes de gauche
  3. et même socialistes : du socialisme utopique (mais pour nous, une utopie n’est pas un « but » mais un « dé-but »). Lire la suite
Dépenses de droite et recettes de gauche

Dépenses de droite et recettes de gauche

© Illustration de Jean-Luc Boiré

Dans une comptabilité, il y a 2 colonnes, celle des entrées et des sorties, des crédits et des débits, des dépenses et des recettes ; l’équilibre se fait en baissant l’une ou en montant l’autre.

  • Être de droite : c’est baisser les dépenses – parce que les pauvres ne sont jamais assez pauvres.
  • Être de gauche : c’est monter les recettes – parce que les riches sont toujours trop riches.

Rappelons aussi qu’il n’est pas interdit de (dé-)penser qu’une dépense (publique) comme une charge (sociale) sont en fait des revenus indirects ; réduire les dépenses ou baisser les charges, c’est baisser les revenus des « citoyens/salariés/ayant-droit » qui sont aussi des → consommateurs ((Sur cette contradiction des citoyens-consommateurs qui sont aussi des travailleurs : « on ne peut rien imaginer de pire », suivant la définitive sentence d’Hannah Arendt.)).

Lire la suite

Décroissance et anti-nucléaire : (dans) quel sens ?

La question que je pose n’est pas de me demander si je dois choisir entre l’un ou bien l’autre ; être décroissant, c’est objecter au nucléaire. Pour une très simple raison : la voie du nucléaire est une voie absurde à cause du danger suprême que représente le nucléaire. Le nucléaire n’est pas une menace pour un mode de vie mais pour la vie elle-même.

Mais je me demande si je suis anti-nucléaire parce que décroissant ou si c’est l’inverse, anti-nucléaire d’abord et ensuite décroissant.

Je choisis la première voie pour deux raisons :

Lire la suite