Décroissance de l’argent, monnaies de la décroissance

Ce texte est la version retravaillée de mon intervention du vendredi 24 mai à l’institut Momentum.

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Par quel paradoxe ou provocation les décroissants défendent-ils les projets de monnaie locale complémentaire (MLC) comme l’une des alternatives concrètes les plus prometteuses pour une transformation sociale, écologique et démocratique ? Car le monde dont ils veulent sortir n’est-il pas le monde de la « banalisation de l’argent » ?

Pour répondre à ces deux questions, nous courrons deux lièvres à la fois : 1/ Décrire les principaux mécanismes d’une MLC (convertibilité, reconversion, critères éthiques, relocalisation, bassin de vie, crédit solidaire, fonte, usages du fonds de réserve, complémentarité avec d’autres outils de la finance solidaire…) en les répartissant dans ce que nous allons appeler « les trois âges d’une MLC ». 2/ S’interroger sur l’intérêt politique de tels projets pour la décroissance définie comme « trajet d’une société de croissance à des sociétés d’a-croissance ».

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Monnaie : ne pas oublier notre « finitude »

Patrick Viveret

A l’occasion de la conférence à Romans de Patrick Viveret sur « reconsidérer la richesse », un temps fut consacré à « reconsidérer la monnaie » à la suite duquel une question fut posée sur « l’intérêt des monnaies locales complémentaires » (MLC). Cette question, tout projet de MLC qui en a accepté la dimension eSpérimentale ne peut pas ne pas se la poser.

C’est à cette question que j’entends répondre ((Une fois de plus ; car, j’ai déjà abordé cette question dans « Réussir la Mesure, mesurer la réussite » et dans « A quoi sert une monnaie locale ? ».)), tout en m’appuyant sur des éléments de la conférence de Patrick Viveret. Lire la suite

Pour un espace écologique des revenus

[Article paru dans le numéro 3 des Zindigné(e)s, aux éditions Golias, en kiosque et par abonnement]

En raison d’une vision plutôt buissonnante de l’histoire (et plus du tout linéaire) les objecteurs de croissance (OC) font de la politique en s’engageant dans des expérimentations sociales et écologiques minoritaires (en cela, ils héritent du socialisme utopique). Ne croyant plus qu’une prise préalable des pouvoirs institutionnels permettrait de changer le monde, les objecteurs de croyance manifestent leur visibilité plus dans un travail idéologique de projet que dans l’élaboration d’un programme. Cela ne les empêche pas néanmoins de commencer à envisager quelques mesures concrètes, des propositions programmatiques, de « belles revendications » : Lire la suite

La Mesure, une « eSpérimentation » sociale

[Paru au sein du livre de Philippe Derudder, Les Monnaies locales complémentaires : pourquoi, comment ?]

Nous avons eu de la chance. En effet, la Mesure résulte d’une rencontre entre un projet et un « voyageur des monnaies locales ». Le projet, c’est celui d’un petit groupe qui en 2008 veut organiser à Romans sur Isère (26-Drôme) un Forum social. Lors de la première réunion préparatoire, la plupart d’entre nous viennent de voir la vidéo sur l’argent-dette de Paul Grignon qui circule sur le web ((http://monnaie-locale-romans.org/?p=47.)). Et il nous semble évident qu’un forum social ne peut pas esquiver cette question. Mais ce sujet de l’argent et des échanges économiques nous semblent trop « technique » pour réaliser ce dont nous avons l’ambition : proposer un espace pour relier horizontalement les divers dispositifs (associations et partis politiques) d’alternatives sur le bassin de vie Romans/Bourg de Péage. C’est pourquoi le Forum Citoyen Romanais qui se tiendra en octobre 2009 ((http://monnaie-locale-romans.org/fcr-2009/.)) aura un thème très large : « Changer les échanges » Lire la suite

Projet ascendant et descendant : le cas d’une monnaie locale

Projet ascendant et descendant : le cas d’une monnaie locale

Le point de départ de ces réflexions est la demande, qui m’avait été faite pour les 4èmes rencontres des porteurs de projet de monnaies locales complémentaires (MLC) qui ont eu lieu à Villeneuve sur Lot en octobre 2011, d’animer une discussion sur les motivations des porteurs de projet, avec pour perspective la distinction entre projets « ascendant » (bottom-up) et « descendant » (top-down). Cette discussion me semble déterminante pour la prise de conscience qui doit accompagner nos types de projets qui sont des « expérimentations sociales », autrement dit des explorations qui ne rejettent nullement les considérations théoriques ou idéologiques mais qui préfèrent tirer des leçons à partir des pratiques, par une méthode des essais et des erreurs, par des tâtonnements. Cette prise de conscience, j’écris qu’elle doit « accompagner » plutôt que « précéder », et il y a là toute une pédagogie mise en pratique : c’est le Faire qui doit plutôt alimenter le Dire et le Comprendre.

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A quoi sert une monnaie locale complémentaire ?

De quelle utilité parlons-nous ? De l’utilité sociale quand elle ne se réduit pas au seul intérêt économique. Ce qui ne veut pas dire : pas d’intérêt économique du tout ((Une MLC est convertible en euros, sur la base de : 1 € = 1 unité de MLC. C’est cette convertibilité qui fait qu’une monnaie est « complémentaire » et non pas « alternative ». Tout difficulté fiscale est ainsi résolue.)) ; mais juste l’intérêt économique remis à sa juste place  ((Michel Lepesant, Mesurer les réussites, réussir la Mesure, MaisOùComment, 2011, http://monnaie-locale-romans.org/2011/02/reussir-mesure/)), qui n’est ni première ni centrale.

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Pour les réseaux, quelle utopie ?

A quelles conditions les alternatives concrètes et les initiatives de contre-pouvoir peuvent-elles atteindre une « masse critique » ?

L’un de ces conditions est la mise en réseau de ces alternatives concrètes que j’appelle des « utopistes ».

Il faut d’abord comprendre qu’il n’y a besoin de réseau que s’il y a – au préalable – des initiatives à relier ; ces initiatives sont des « relocalisations » : habiter, manger, se déplacer, travailler, échanger, apprendre, etc.

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Transformer la nature des échanges

Un extrait du Dictionnaire de l’autre économie (2006) : dans l’article consacré à la Monnaie sociale (p.461).

En quoi une « monnaie sociale » se démarque de l’organisation monétaire habituelle ?

Ce qui permet, par contrecoup, de bien faire ressortir les caractéristiques du monde habituel, devenues « invisibles », « normales » et « inchangeables » par la force de l’habitude.

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