Destin des monnaies locales complémentaires

Je présente ici une série de réponses à une série de questions posées par une journaliste du quotidien Le Monde en vue d’un article sur les monnaies locales. j’ai tenté de replacer ces projets de monnaie locale au sein d’une trajectoire plus vaste qui est celle, depuis le 19ème siècle, des « alternatives concrètes ». C’est dans cette dimension « alternative » des monnaies « complémentaires que réside selon moi l’explication de la vague récente d’engouement, la cause de leur actuel échec relatif (« ça ne prend pas ») passé l’enthousiasme des commencements, mais aussi la piste pour ne pas désespérer de ce type de résistance par le « Pour » et le « Avec ». Lire la suite

La décroissance a besoin d’une doctrine socialiste

Pour remercier les amis vendéens de la décroissance qui m’avaient invité le mercredi 27 décembre à intervenir à La courte échelle (Fontenay le Comte) sur le thème « décroissance, société et effondrement », je mets ici par écrit les 4 grands thèmes qui me semblent pouvoir fonder aujourd’hui une décroissance désirable : si les décroissants veulent le plus tôt et le plus brièvement possible décroître, ce n’est pas pour le plaisir de souffrir, c’est au contraire avec l’objectif de « bien vivre », ce qui signifie très exactement « vivre ensemble » et en même temps, du « seul fait de vivre ». Ce n’est qu’en vivant ensemble que les humains peuvent prendre plaisir au seul fait de vivre : voilà ce qui est bien.

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De la capacité individualiste à récupérer la critique contre l’individualisme

J’ai assisté hier à la présentation par l’auteure – Aude Vidal – du court essai Egologie, écologie, individualisme et course au bonheur, aux éditions grenobloise Le monde à l’envers. Le propos est alléchant quand on lit la 4ème de couverture : « Développement personnel, habitats groupés, jardins partagés… : face au désastre capitaliste, l’écologie se présente comme une réponse globale et positive, un changement de rapport au monde appuyé par des gestes au quotidien. Comme dans la fable du colibri, « chacun fait sa part ». Mais en considérant la société comme un agrégat d’individus, et le changement social comme une somme de gestes individuels, cette vision de l’écologie ne succombe-t-elle pas à la logique libérale dominante, signant le triomphe de l’individualisme ? » Lire la suite

Prendre les difficultés avec (la) Mesure, I

Je publie ici ma contribution inédite à la 3ème édition du livre de Philippe Derudder, Monnaies locales complémentaires & citoyennes. C’est à la fois, pour moi, un bilan de l’expérience de la Mesure, mais aussi du réseau des MLCC, mais aussi des alternatives concrètes. J’avais présenté l’an dernier ce texte lors d’une conférence à Paris, à l’issue de laquelle j’ai déjà publié quelques réponses à une série de questions : Mesurer les difficultés, et ensuite, II.

Dans la nature, les êtres vivants naissent, s’épanouissent et finissent par mourir tout en fournissant par la même occasion les matériaux pour contribuer à la naissance des futurs vivants. Il ne s’agit pas en faisant cette remarque de prétendre qu’une organisation sociale doit prendre pour modèle une telle histoire organique mais il s’agit quand même de rappeler que tous nos projets humains s’inscrivent toujours à l’intérieur d’un cadre naturel englobant. Il s’agit surtout – et n’est-ce pas là le propre de l’humain – de ne pas se contenter d’enregistrer un tel flux des générations mais d’oser prendre humainement le recul nécessaire pour que la volonté puisse accompagner les nécessités naturelles.

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J’ai relu « La part maudite » de Georges bataille

Il y a longtemps – plus de 40 ans – un professeur (nous) avait recommandé la lecture d’Hannah Arendt, de Jacques Ellul et de Georges Bataille. Quel programme, quelle vision [1] ! Cette année, pour réfléchir ensemble au « sens de la vie, comme question politique », les (f)Estives de la décroissance avaient invité Onofrio Romano, dont la pensée s’inspire fortement de celle de Georges Bataille [2]. Les décroissants doivent (re-)lire Bataille, et plus particulièrement La part maudite [3], pourquoi ?

Parce que même si l’entropie est le destin de l’univers, même si celui de notre Soleil est d’ici 5 à 7 milliards d’années de passer de naine jaune à géante rouge, même si d’ici 500 millions d’années, la fin de l’Homme devrait largement précéder la fin de la Terre, Bataille affirme pourtant que la vie sociale n’est véritable qu’au prix de dépenses inutiles et improductives, qui sont alimentées par l’abondance et l’excès du rayonnement solaire : il y aura toujours un excédent d’énergie à dépenser.
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Pour changer la société, changeons la façon de débattre

Publié sur ReporTerre → Selon les décroissants, l’économisme recouvre le monde de la politique. Pour résister à ce mouvement de fond, les auteurs de cette tribune, Thierry Brulavoine et moi, expliquent quels principes permettent de s’émanciper de la logique individuelle. Ils seront mis en œuvre lors des échanges des (f)estives de la décroissance, ce week-end.

Le monde de la croissance vient d’installer au pouvoir un digne représentant de ce saint-simonisme qui rêvait de « remplacer le gouvernement des hommes par l’administration des choses » : une mixture de petit socialisme et de grande technophilie, à la sauce de cet arrivisme entrepreneurial dont a besoin le libéralisme. Et c’est ainsi que l’économisme étend systématiquement son emprise sur le politique. Comment résister ? Lire la suite

Pas de revenu inconditionnel suffisant sans revenu maximum suffisant

Après une tribune en faveur du débat sur le revenu universel, le site Reporterre publie une tribune en faveur du revenu maximum. Je l’en remercie particulièrement car il me semble essentiel quand on est décroissant non seulement de refuser tout attrait pour l’illimitation mais aussi de défendre une double limite : pas de plancher sans plafond, et réciproquement.

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Mesurer les difficultés, et ensuite, II

Je poursuis ici mes réflexions pour répondre le plus explicitement possible à une question qui m’a été posée à la fin du débat qui a suivi mon intervention parisienne du 1er avril : Voilà le texte écrit de mon intervention. Voici la question : « Maintenant que nous comprenons bien l’impasse de la facilitation technique ainsi que les fables individualistes qui nourrissent nos alternatives de transition, que nous reste-t-il pour espérer ? ». Ma réponse vaut directement pour les monnaies locales, mais j’ose espérer qu’elle peut s’étendre aussi à nos « alternatives concrètes ».

Comme je suis de plus en plus convaincu qu’une grande part de notre responsabilité dans nos échecs répétés pour sortir du capitalisme tient à notre manque de radicalité dans le travail des idées, je commence par deux réponses (plutôt) philosophiques : Lire la suite

Les monnaies libres : ni libres, ni monnaies

Quelles valeurs mettre au centre du monde victorieux de l’hyper-libéralisme ? Economiquement, c’est évidemment l’argent, l’argent sans limites, l’argent pour l’argent, l’argent comme équi-valent « neutre » de la marchandisation généralisée. Idéologiquement, c’est la liberté comme « méta-valeur » qui dispense chacun de se penser au sein d’une vie commune puisque une telle liberté se réduit au « droit naturel de chacun à vivre comme il l’entend »[1]. Faut-il alors s’étonner de voir apparaître une proposition de « monnaie libre »,  fût-elle enrobée des meilleures intentions comme d’être « un outil convivial pour refonder une économie à visage humain »[2] ?

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