Faudrait-il passer à la « post-croissance » ?

Alors que le mot de « post-croissance » semble parfaitement consensuel, il plaît à la bourgeoisie, il se trouve dans des programmes de partis politiques, faut-il arrêter d’effrayer les beaux esprits avec ce terme volontairement conflictuel de décroissance ? Voilà le débat paru dans le mensuel La Décroissance de janvier 2019, auquel j’ai accepté de participer, en très bonne compagnie : Serge Latouche, François Schneider et Élodie Vieille Blanchard.

Pourquoi l’évidence critique portée par le mot même de « décroissance » n’a-t-elle pas empêché depuis des années d’être brouillée par la prolifération d’autres termes tels que a-croissance, post-croissance ou après-croissance , et très récemment méta-croissance [1] ? Lire la suite

5 thèses sur la décroissance

Article publié dans le n°14 des Nouveaux cahiers du socialisme, revue canadienne, automne 2015. Lire l’introduction de ce numéro.

NCS14_couverturePourquoi s’acharner à enfoncer une société de croissance dans un monde dont les « ressources » matérielles ne peuvent qu’être limitées ? Dès son plus jeune âge pourtant, l’enfant qui joue avec un « trieur de formes » comprend que, même en force, jamais un objet de section triangulaire ne franchira une découpe rectangulaire. Voilà l’évidence qui définit aujourd’hui l’objecteur de croissance : la société de croissance ressemble à une course absurde, course d’autant plus tragique qu’il y manque une ligne d’arrivée.

Mais il y a une autre évidence qui transforme l’objecteur de croissance en un « décroissant » : les plafonds de la soutenabilité écologique sont dépassés.
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La décroissance : une révolution commune et démocratique

Tribune co-écrite avec Thierry Brulavoine (Redon, collaborateur du journal La décroissance) et Christine Poilly (Lille, lutte contre les gaz de schiste) qui est parue dans l’édition internet de Politis.fr le 25 septembre 2014 et sur Médiapart le 06 octobre 2014.

Les partis de gouvernement et d’opposition, de la droite à la gauche, se sont engagés depuis des décennies dans une quête affichée de croissance, adossée à la promotion du consumérisme et à l’illusion d’un « progrès » techno-scientiste. Les conséquences de ces politiques sont pourtant implacables : les inégalités atteignent un niveau inique ; les 67 milliardaires les plus riches de la planète détiennent autant de richesse que les 3 milliards et demi d’humains les plus pauvres ; Lire la suite

Entretien dans Imagine n° 105

imagine_105Merci à Jean-François Pollet pour cet entretien et cette retranscription fidèle, dans la revue belge Imagine.

Juste un mot sur la « masse critique » : il ne s’agit pas de faire nombre pour faire nombre, il s’agit juste de passer au-dessus d’un plancher d’invisibilité sans outrepasser au-delà du plafond du spectaculaire. La stratégie de masse critique est une stratégie minoritaire par basculement de l’Imaginaire et non pas par renversement du Pouvoir.

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Le capitalisme est « fabuleux »

Publié dans le numéro 16 de la revue Les Z’IndignéEs, pour annoncer les (F)Estives 2014 de l’objection de croissance qui auront lieu à Cerbère à la fin du mois d’août.

Les fables du capitalisme

Le capitalisme et le libéralisme reposent sur des fables. zindignees_16Il y a plus de 300 ans, un médecin hollandais – Bernard de Mandeville – écrivait une Fable des abeilles dans laquelle il expliquait qu’il fallait se résigner à ce que le meilleur des mondes possibles (de Leibniz à Huxley) se réduise à l’empire du moindre mal.

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Revenir à la société : la question du revenu inconditionel

ATTAC_ROUGEPour une conception ATTACquante et non pas défensive de la protection sociale : acquérir de nouveaux avantages en faveur de la société.

Publié dans la nouvelle Revue éditée à l’initiative du Conseil scientifique d’Attac, Les Possibles, n° 01 Automne 2013, par Baptiste Mylondo et Michel Lepesant

Il peut sembler incongru de traiter du revenu inconditionnel dans un dossier sur la protection sociale : cette mesure aux multiples noms et variantes est souvent critiquée à gauche par ceux qui craignent qu’elle ne remette en cause notre système français de protection sociale. En effet, dans une optique libérale, il s’agirait bien de supprimer l’essentiel des prestations sociales avec, pour solde de tout compte, le versement d’un revenu minimum, le plus souvent d’un montant indécent. Un tel revenu minimum impliquerait alors une régression sociale, qui se traduirait notamment par une baisse des prestations mais surtout par la disparition de certains dispositifs assurantiels comme l’assurance chômage ou même l’assurance maladie (comme le redoute par exemple Michel Husson [1]). Lire la suite

Quels sont les besoinS politiqueS de la décroissance ?

Contribution au numéro 8 des Z’IndignéEs, d’octobre 2013.

Et si la « décroissance » cessait de n’être qu’un slogan ou un mot pour ambitionner de s’imposer dans toutes les discussions politiques, par des propositions à la fois enthousiasmantes et pragmatiques. Non pas pour se contenter de dire « objection », « adieu » ou « halte » à la croissance mais bien pour demander comment « dé-croître » : comment passer démocratiquement du monde de la croissance à d’autreS mondeS possibleS, ceux de l’a-croissance ? Lire la suite

La démocratie, sans illusion, sans attendre

Contribution au dossier du numéro 7 de Moins !, journal romand d’écologie politique : « Faut-il sauver la démocratie ? »

Une distinction claire entre « décroissance » et « objection de croissance » permet de lever certains malentendus avec la politique. L’objection de croissance est une conviction critique qui prend clairement conscience qu’économiquement la croissance n’est pas la solution mais juste le problème. La « décroissance » ajoute une responsabilité : celle de la transition politique pour passer d’une société de croissance à des sociétés d’a-croissance. La « décroissance » n’est donc pas un « projet » de société mais juste le nom d’un « trajet » politique. Et c’est là que les difficultés débutent.

Car les décroissants ne veulent pas à leur tour subir les critiques qu’ils adressent à la politique. Comment ignorer une saine réticence libertaire vis à vis du Pouvoir : car, si nous l’obtenions, la question n’est pas de savoir ce que nous en ferions mais ce qu’il ferait de nous ? Lire la suite

La décroissance doit-elle positiver ?

Participation au débat dans les colonnes du Journal La Décroissance, numéro 102 de septembre 2013. Avec des contributions de Miguel Benasayag, Jean-Pierre Lebrun, Serge Lellouche et Pierre-Emmanuel Neurohr. Je mets ici une réponse plus longue et je remercie le journal, et plus particulièrement Pierre pour l’attention qu’il a accordée à mes propos, lors de notre rencontre cet été à NDDL. [Bien évidemment, ma participation à ce numéro ne signifie pas que j’adhère à tout ce qui y est publié : je ne crois pas la transition soit un « piège à cons » et sur cette question précise (de la transition comme « dépolitisation ») je préfère l’angle d’attaque critique que le journal S!lence a commencé dans son numéro de septembre et qu’il reprendra en novembre ; mais j’ai beaucoup apprécié la chronique de Thierry Brulavoine sur « les couleuvres de la politique », ainsi que l’ITW sur la croissance perverse.]

Je suis absolument persuadé que cette dispute sur les mots repose sur des désaccords sur le fond et qu’elle occulte les discussions essentielles sur le sujet de la décroissance. Telle est la question fondamentale : peut-on rester simplement objecteur de croissance, ou doit-on opter pour la décroissance ? Lire la suite