Qu’est-ce que la décroissance nous permet d’espérer, collectivement ?

Je mets ici à disposition une mise en forme de mon intervention du vendredi 1er mars au Foyer rural des Taillades (84). Cette invitation m’a donné la bonne occasion de parler de décroissance, en me faisant sortir du cercle de l’entre-soi des déjà-convaincus par la décroissance. La première partie est une présentation synthétique de ce qu’il faut entendre logiquement par « décroissance ». La seconde est plus originale, puisque j’aborde la décroissance en la mettant sous l’étoile de l’espoir.

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La technique nous entraîne dans l’ère de l’obsolescence du choix

Version légèrement modifiée d’une interview-courriel pour le site Mr Mondialisation. Comprendre pourquoi il ne peut pas y avoir de société sans technique alors même qu’aujourd’hui la technique semble nous déposséder d’une normativité politique seule capable d’un recul critique sur les menaces que la technique fait peser sur la vie sociale, la nature et la démocratie.

Mr Mondialisation : Les (f)Estives de la décroissance qui se tiendront du 20 au 23 juillet prochains auront pour thème la technique et la politique. De quoi parle-ton quand on évoque la  « technique » ? Lire la suite

La technique, c’est magique

Le vendredi 18 mai, les décâblés lançaient leur association en ayant la gentillesse de m’inviter au Périscope pour parler de « technique », d’un point de vue critique, décroissant donc. Je publie ici une mise en forme un peu écrite de mon intervention. Et puisque j’y étais invité en tant que « philosophe », je me suis permis, pour « creuser » la réflexion, d’utiliser quelques concepts et références. Je renvoie d’ores et déjà au Manifeste des décâblés.

Sans vouloir survoler toute la problématique politique posée par la technique moderne, je me suis contenté de faire l’hypothèse que c’est la systémicité de la technique moderne qui peut expliquer la fascination béate qu’elle suscite, en lui donnant ainsi l’apparence d’un lien encore magique avec un monde qu’elle contribue pourtant à saper. Cette année, les (f)estives de la décroissance, en juillet, seront consacrées précisément à discuter ensemble de cette question du sens politique de la technique. A bientôt donc. Lire la suite

La décroissance a besoin d’une doctrine socialiste

Pour remercier les amis vendéens de la décroissance qui m’avaient invité le mercredi 27 décembre à intervenir à La courte échelle (Fontenay le Comte) sur le thème « décroissance, société et effondrement », je mets ici par écrit les 4 grands thèmes qui me semblent pouvoir fonder aujourd’hui une décroissance désirable : si les décroissants veulent le plus tôt et le plus brièvement possible décroître, ce n’est pas pour le plaisir de souffrir, c’est au contraire avec l’objectif de « bien vivre », ce qui signifie très exactement « vivre ensemble » et en même temps, du « seul fait de vivre ». Ce n’est qu’en vivant ensemble que les humains peuvent prendre plaisir au seul fait de vivre : voilà ce qui est bien.

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J’ai relu « La part maudite » de Georges bataille

Il y a longtemps – plus de 40 ans – un professeur (nous) avait recommandé la lecture d’Hannah Arendt, de Jacques Ellul et de Georges Bataille. Quel programme, quelle vision [1] ! Cette année, pour réfléchir ensemble au « sens de la vie, comme question politique », les (f)Estives de la décroissance avaient invité Onofrio Romano, dont la pensée s’inspire fortement de celle de Georges Bataille [2]. Les décroissants doivent (re-)lire Bataille, et plus particulièrement La part maudite [3], pourquoi ?

Parce que même si l’entropie est le destin de l’univers, même si celui de notre Soleil est d’ici 5 à 7 milliards d’années de passer de naine jaune à géante rouge, même si d’ici 500 millions d’années, la fin de l’Homme devrait largement précéder la fin de la Terre, Bataille affirme pourtant que la vie sociale n’est véritable qu’au prix de dépenses inutiles et improductives, qui sont alimentées par l’abondance et l’excès du rayonnement solaire : il y aura toujours un excédent d’énergie à dépenser.
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Pour changer la société, changeons la façon de débattre

Publié sur ReporTerre → Selon les décroissants, l’économisme recouvre le monde de la politique. Pour résister à ce mouvement de fond, les auteurs de cette tribune, Thierry Brulavoine et moi, expliquent quels principes permettent de s’émanciper de la logique individuelle. Ils seront mis en œuvre lors des échanges des (f)estives de la décroissance, ce week-end.

Le monde de la croissance vient d’installer au pouvoir un digne représentant de ce saint-simonisme qui rêvait de « remplacer le gouvernement des hommes par l’administration des choses » : une mixture de petit socialisme et de grande technophilie, à la sauce de cet arrivisme entrepreneurial dont a besoin le libéralisme. Et c’est ainsi que l’économisme étend systématiquement son emprise sur le politique. Comment résister ? Lire la suite

Les mondes fantômes des adversaires de l’égalité

alencontreLe site A l’encontre publiait fin décembre 2016, une critique par Michel Husson contre le revenu universel. Il publie aujourd’hui ma réponse à cet article ; article qui est aussi en ligne sur le site où j’avais découvert le texte de M. Husson : entre les lignes entre les mots, qui est un site fournissant beaucoup de liens.

Le revenu de base n’est plus une proposition politique, c’est un feu d’artifices : de droite à gauche ou inversement, de la France d’en Haut à celle d’en Bas ou réciproquement, quel est le candidat qui n’ajoute pas à son panier électoral la proposition d’un revenu de base ou d’une allocation universelle ?

En miroir, cette foison suscite son bouquet de critiques et de rejets. Et c’est là que le bât blesse car aucune critique ne prend la peine d’une analyse un tant soit peu honnête, en commençant tout bêtement par faire exprès de ne pas confondre entre les différentes variantes proposées. Or ces critiques se contentent en général de faire semblant de croire qu’en leur essence toutes les propositions de revenu social seraient peu ou prou équivalentes, qu’elles reposeraient sur le même « postulat », forcément « erroné », qu’elles déboucheraient sur une même « impasse stratégique ». Lire la suite

La décroissance est le nom d’une philosophie politique

affiche_lepesantVoici ce que j’avais préparé pour le café-débat organisé par les amis de Décroissance44, à Nantes, le 21 décembre. Mon intervention y a plutôt été fidèle. De la discussion qui a suivi, je retiendrais évidemment le point délicat de la critique que je porte quant à la véritable portée des alternatives concrètes : comment passer le (premier) cercle de l’entre-soi sans revenir aux solutions toutes faites de la ressemblance avec le monde dont on affirme vouloir sortir ? Mais le moment le plus fécond me semble avoir été celui où la question du bonheur, comme question politique, est devenue centrale. C’est bien là, me semble-t-il toute l’audace de la décroissance : si nous défendons des valeurs telles la sobriété, le partage, la convivialité, c’est bien parce qu’une satisfaction durable (solide parce que solidaire) est notre horizon.

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Oser critiquer l’individualisme généralisé

nyonsJe ne mets ici qu’un extrait de la version écrite de mon intervention à Nyons le vendredi 2 décembre, consacrée à une critique des fables partagées paradoxalement par les adorateurs de la croissance et leur adversaires « alternatifs » déclarés. Le fondement caché de ce paradoxe me semble résider dans un « individualisme philosophique » (pas question de faire de la psychologie). Des discussions m’ont malheureusement rappelé à quel point le travail d’auto-critique est encore souvent mal compris par ceux qui affichent pourtant leur critique du monde actuel, sans que je puisse vraiment me réconforter en me racontant qu’il est toujours bon de déranger les certitudes  bourgeoises.

Au fond des principales fables du productivisme (dont la croissance est le déchet) que sont la fable du troc (pour justifier la marchandisation de la monnaie), la fable de la faiblesse naturelle de l’homme (face à une nature présupposée hostile, l’homme doit s’organiser et s’approprier la nature), la fable du travail comme principe de reconnaissance sociale (ce qui justifie la marchandisation de l’activité), se trouve la croyance que l’existence des individus précèderait celle de la société, qui résulterait alors de leur volonté de « faire société ». Lire la suite