La décroissance est le nom d’une philosophie politique

affiche_lepesantVoici ce que j’avais préparé pour le café-débat organisé par les amis de Décroissance44, à Nantes, le 21 décembre. Mon intervention y a plutôt été fidèle. De la discussion qui a suivi, je retiendrais évidemment le point délicat de la critique que je porte quant à la véritable portée des alternatives concrètes : comment passer le (premier) cercle de l’entre-soi sans revenir aux solutions toutes faites de la ressemblance avec le monde dont on affirme vouloir sortir ? Mais le moment le plus fécond me semble avoir été celui où la question du bonheur, comme question politique, est devenue centrale. C’est bien là, me semble-t-il toute l’audace de la décroissance : si nous défendons des valeurs telles la sobriété, le partage, la convivialité, c’est bien parce qu’une satisfaction durable (solide parce que solidaire) est notre horizon.

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Oser critiquer l’individualisme généralisé

nyonsJe ne mets ici qu’un extrait de la version écrite de mon intervention à Nyons le vendredi 2 décembre, consacrée à une critique des fables partagées paradoxalement par les adorateurs de la croissance et leur adversaires « alternatifs » déclarés. Le fondement caché de ce paradoxe me semble résider dans un « individualisme philosophique » (pas question de faire de la psychologie). Des discussions m’ont malheureusement rappelé à quel point le travail d’auto-critique est encore souvent mal compris par ceux qui affichent pourtant leur critique du monde actuel, sans que je puisse vraiment me réconforter en me racontant qu’il est toujours bon de déranger les certitudes  bourgeoises.

Au fond des principales fables du productivisme (dont la croissance est le déchet) que sont la fable du troc (pour justifier la marchandisation de la monnaie), la fable de la faiblesse naturelle de l’homme (face à une nature présupposée hostile, l’homme doit s’organiser et s’approprier la nature), la fable du travail comme principe de reconnaissance sociale (ce qui justifie la marchandisation de l’activité), se trouve la croyance que l’existence des individus précèderait celle de la société, qui résulterait alors de leur volonté de « faire société ». Lire la suite